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Dernier avatar de la société de communication
ou véritable révolution technologique, Internet
ne laisse pas deffrayer le profane par son langage amphigourique,
son aspect tentaculaire et surtout sa réputation usurpée de
média incontrôlable.
A linstar de la révolution industrielle,
les nouvelles technologies de linformation refaçonnent
le monde et créent de nouveaux paradigmes dans les domaines
sociaux, culturels, économiques et politiques. Des personnes
situées sur des continents différents peuvent à présent, grâce
à ces nouvelles " autoroutes de linformation ",
communiquer, faire de la recherche et échanger des biens et
des services sans obstacles temporels ou spatiaux et en passant
par moins dintermédiaires quauparavant.
Il est désormais partout question dInternet et son existence
fascine autant quelle inquiète.
Internet, à ses débuts, était un projet de
la US Defense Advanced Research Project Agency (A.R.P.A.)
et sest alors appelé ARPANET. A lorigine, Arpanet
reliait des ordinateurs et des réseaux de larmée américaine,
des entrepreneurs de la Défense Nationale et des laboratoires
universitaires qui menaient des recherches sous le couvert du
" Secret Défense ".
Le système a été conçu afin de permettre la
continuité de la communication des données, même si une partie
du réseau informatique venait à être inutilisable.
Internet sest ouvert à un large public
aux Etats-Unis dans les années quatre vingt, mais le "village
planétaire " ne sest réellement imposé que
dans les années quatre vingt dix avec lavènement de la
société de communication et lapparition du World Wide Web, la
partie multimédia du réseau, maillage de textes, dimages
et de sons ; le cur du cyberspace.
Internet nest pas un réseau à proprement
parlé ; il sagit plutôt dune interconnexion
de réseaux innombrables de toutes tailles : le "réseau
des réseaux ". Les ordinateurs et les réseaux
dordinateurs qui forment Internet appartiennent à des
établissements gouvernementaux et publics, à des organismes
sans but lucratif, à des Sociétés commerciales et à des particuliers.
La gestion dInternet nest centralisée
en aucun point du réseau et aucun organisme régulateur adapté
au caractère supranational du réseau na encore été conçu.
Internet connaît un succès sans cesse croissant
(déjà 150 millions dinternautes
en 1998, alors quils nétaient que 40 millions
en 1996) et apparaît comme le média incontournable du prochain
siècle.
Avec un tel développement, les risques, virtuels
ou non, connaissent une véritable inflation, dautant que
ceux-ci sont parfois bien laborieux à encadrer de par la nature,
par définition, transfrontière du réseau. On peut ainsi citer,
entre autre danger, la difficulté de contrôle des flux dinformations,
latteinte aux droits préexistants et enfin le sentiment
dimpunité que peut provoquer, par son anonymat, lutilisation
dInternet.
Ainsi, quoique puissent en penser les inconditionnels
de lInternet et leurs incessants discours dithyrambiques,
tout nest pas pour le mieux dans le meilleur des " cybermondes "
possibles.
Les
responsabilités liées à lInternet
Les termes utilisés par les praticiens pour
évoquer les acteurs du réseau (internaute, provider...) peuvent
paraître obscurs aux néophytes.
Il conviendra alors de définir ces termes en
sinterrogeant sur les modes de mise en jeu de la Responsabilité
Civile des acteurs de ce nouveau mode de communication.
Dès lors, le recensement des fautes susceptibles
dêtre commises à travers ce nouveau média savère
un préalable indispensable avant de réfléchir sur la possibilité
de couverture par lassurance des éventuelles fautes commises
par ces acteurs.
Section
I : Létendue de la responsabilité des acteurs du
réseau
Les tribunaux ont été saisis à de nombreuses
reprises, ces derniers mois, daffaires relatives à la
circulation sur Internet dinformations non autorisées
ou contraires à lordre public et aux bonnes murs,
et, à chaque fois, ils ont été confrontés aux problèmes de limputabilité.
Qui est responsable ? Lémetteur,
le fournisseur daccès au réseau, le transporteur ?
Se pose alors une difficulté pratique à laquelle
les juges ont eu à faire face : comment contrôler les contenus
informationnels de tous les coins du " village
mondial " ?
Et pourtant, quand il y a atteinte à lordre
public et aux bonnes murs, les pouvoirs publics considèrent
quil faut un responsable et une sanction pour protéger
la Société contre les agissements de certains
individus.
Pour le vulgum pecus, Internet est une "zone
de non-droit " ; un chaos sur lequel
les lois nationales nont aucune prise réelle. Cette hérésie,
malheureusement trop souvent véhiculée par
la presse grand public, nest fondée que sur lune
des nombreuses rumeurs circulant sur
le sujet. En effet, toutes les personnes qui ont un rôle
dans la diffusion et la circulation de linformation peuvent,
à un moment ou à un autre, encourir les foudres de la justice.
Il sera dès lors nécessaire de rechercher les
critères à partir desquels on peut imputer une éventuelle responsabilité
aux principaux acteurs de la communication sur lInternet
que sont linternaute
et le fournisseur daccès.
1 Linternaute
Lutilisateur, ou internaute, est celui
qui se connecte à Internet afin dobtenir ou de diffuser
ses propres informations, voire de rediffuser des informations
dont il nest pas à lorigine.
Il peut ainsi être alternativement consommateur
ou producteur dinformations et être alors objet
et sujet de responsabilité. Linternaute aura une entière
liberté dans lusage de linformation obtenue du tiers
sous réserve de ne pas en abuser.
Linternaute pourrait également, par une
attitude par trop permissive à légard de laccès
au réseau quil laisse aux personnes quil a sous
sa garde, mettre en jeu sa RC.
Sil a de jeunes enfants, il doit se comporter
en bonus
pater familias en insérant à son accès Internet des
systèmes permettant de filtrer les informations et lentrée
de certains sites Web.
Par exemple le logiciel Cyberpatrol propose
une douzaine de catégories quil
est possible dactiver ou de désactiver en fonction de
ses choix.
Linternaute qui adresse un message à
un autre internaute, au travers dun service de messagerie
ou dun forum,
doit être considéré comme gardien
de linformation transmise. Cependant, nétant
pas un professionnel, à la différence du fournisseur de services
ou du fournisseur dinformations, et mettant linformation
à la disposition dautrui à titre gratuit
le plus souvent, linternaute producteur dinformations
erronées ou incomplètes, ne devrait voir en pratique sa responsabilité
quexceptionnellement engagée.
Si le cybernaute est le plus souvent un particulier,
il peut également sagir dune Société commerciale
qui met des informations en
lignes. Ainsi dans le cadre dune
polémique commerciale, la Société Yves Rocher avait diffusé
sur Internet la reproduction dune brochure exprimant ses
griefs à lencontre du groupe BNP-Banexi.
Estimant ces allégations diffamatoires, les demandeurs à linstance
réclamèrent la suppression des informations litigieuses.
Par une ordonnance de référé en date du 16
avril 1996, le juge a alors considéré que linitiateur
de la diffusion dinformations ne pouvait se dégager de
sa responsabilité en prétendant que le réseau est par nature
incontrôlable.
En janvier 1996, quelques jours après la mort
de François Mitterrand, le docteur Gübler, ancien médecin attitré
de lElysée, publiait " Le grand secret "
qui évoquait le cancer volontairement caché depuis 1980 de lancien
Président de la République. Deux semaines après la sortie du
livre, la famille Mitterrand obtint en référé le retrait du
livre de la vente pour atteinte à la vie privée et violation
du secret médical.
Malgré cette décision, le gérant dun
cybercafé
de Besançon scannait le livre et
linsérait sur son site Web au nom de la liberté dexpression
et de lobligation dinformer le public sur la
santé du plus haut personnage de lEtat. Quelques jours
plus tard le site était fermé, pour des raisons
juridiquement étrangères à la question, mais le livre avait
déjà été reproduit sur des sites
à létranger. Ni la famille Mitterrand, ni léditeur
du livre, ni ses auteurs nont assigné le gérant du cybercafé
bisontin.
Les médias ont alors présenté la situation
comme relevant du " vide juridique ".
Or, reproduire un ouvrage et le mettre à la
disposition du public sans autorisation est une contrefaçon,
un délit réprimé non seulement en France mais aussi dans tous
les pays dotés dun système juridique avancé.
De plus, en diffusant le livre sur ses pages
Web, le gérant du cybercafé a également porté atteinte à la
vie privée de la famille Mitterrand et au secret médical, par
complicité ou par recel.
2 Le fournisseur
daccès
Le fournisseur
daccès est lentrepreneur qui permet techniquement
aux usagers de se connecter au réseau Internet à partir de leur
ordinateur via un modem.
Si certains fournisseurs nont finalement
quun rôle de transporteur dinformations (simple
connexion au réseau pour bénéficier des pages Web et des groupes
de discussion), dautres offrent des prestations plus évoluées :
lhébergement
des sites Web (stockage des informations éditées par les
clients sur le serveur) , ou même lédition de contenu
(mises en ligne de sites propres au serveur). Par les contrats
dabonnement quil propose, le fournisseur daccès
permet la connexion de lordinateur du particulier ou de
lentreprise sur la toile mondiale.
En réalité, la situation des fournisseurs daccès
à Internet est assez ambiguë, car à la différence dun
transporteur classique tel que le service postal, le provider
a les moyens techniques daccéder aux informations quil véhicule.
Mais pour autant, un contrôle systématique
de toutes les données passant par leurs connexions est irréalisable ;
comment en effet contrôler par sondages plusieurs milliers de
sites ?
Sur le terrain pénal, les pouvoirs publics
ont dailleurs essayé de définir à son égard un régime
de responsabilité particulier, puisque dans la loi de réglementation
des télécommunications telle que votée le 18 juin 1996, il était
précisé que les fournisseurs daccès " ne
sont pas pénalement responsables des infractions résultant du
contenu des messages diffusés par un service de communication
audiovisuelle si ce service na pas fait lobjet dun
avis défavorable publié au Journal Officiel, sauf sil
est établi quils ont, en connaissance de cause, personnellement
commis linfraction ou participé à sa commission "
(Amendement
Fillon).
Soumis à lautorité du Conseil constitutionnel,
ces deux articles ont toutefois été
déclarés inconstitutionnels, à linstar de ce qui sest
passé antérieurement aux USA.
En effet, le Communication
Decency Act (C.D.A.) a lui aussi été déclaré contraire
aux principes constitutionnels concernant la liberté dexpression
par quelques tribunaux.
Sur le terrain de la responsabilité civile,
le Decency Act contient toutefois des dispositions afférentes
au " Good Samaritan defence " qui
tendent à exonérer le fournisseur daccès de sa responsabilité
civile dès lors quil a volontairement pris les dispositions
qui simposent pour, en toute bonne foi, restreindre laccès
aux services quil considère obscènes, ou trop violents
et exercer ainsi une surveillance des services proposés.
Le 22 juin 1998, la Cour suprême des Etats-Unis,
dans une affaire opposant un citoyen américain, Kenneth Zeran,
au plus puissant provider du monde, America Online, a exonéré,
sur le fondement du Communication Decency Act de 1996,
AOL de toute responsabilité en ce qui concerne les informations
publiées sur son serveur commercial et émanant dun tiers.
En effet, la Cour a considéré que la personne
qui offre un service de connexion à un ou plusieurs services
de communication audiovisuelle ne peut être
assimilée aux autres diffuseurs dinformations comme
par exemple les éditeurs de journaux, magazines, télévisions.
En France, la première décision rendue sur
ce terrain, même si elle nest quune décision de
référé, a semblé aller dans le même sens.
Cette affaire, opposant lUnion des Etudiants
Juifs de France à plusieurs fournisseurs daccès, concernait
la diffusion sur Internet
de messages racistes et antisémites.
LUEJF sest estimée pleinement satisfaite,
après avoir obtenu des fournisseurs daccès, avant tout
débat au fond, une déclaration de principe suivant
laquelle ils appliqueraient une certaine surveillance des services
quils hébergent et adapteraient leur contrat.
En conséquence, les éditeurs
de ces services se voient contractuellement interdire par
les providers la diffusion de messages contraires aux lois françaises,
avec, pour épée de Damoclès, la menace de suspension et de résiliation
des contrats en cas de non-respect de cet engagement.
Cette décision démontre donc le principe de
labsence de responsabilité éditoriale des fournisseurs
daccès avec transfert de responsabilité vers léditeur
de services.
Depuis cette ordonnance de référé, on attendait
une décision qui définirait plus précisément les contours et
létendue de la responsabilité des fournisseurs dhébergement.
Cest désormais chose faite depuis une
ordonnance de référé du 9 juin 1998. Le Tribunal de Grande Instance
de Paris a en effet précisé les mesures quil estime que
lhébergeur est en mesure et surtout en devoir
daccomplir.
Ce litige oppose un célèbre mannequin français,
Estelle L., épouse H., à un prestataire dhébergement qui,
dans lun des sites hébergés, a laissé diffuser une vingtaine
de photographies privées représentant la fameuse top-model dans
une tenue légère, voire complètement dénudée.
Une action est alors intentée pour atteinte
à lintimité de la vie privée.
Toutefois lhébergeur réfute toute responsabilité,
soulignant quil nest pas responsable du contenu
des services. En revanche, pour le Président du TGI, " le
fournisseur dhébergement a lobligation de veiller
à la bonne moralité de ceux quil héberge, au respect par
ceux-ci des règles de déontologie
régissant le Web et au respect par eux des lois et des règlements
et des droits des tiers ".
En conséquence, lhébergeur doit opérer
un contrôle a priori sur le contenu quil accepte dhéberger
et doit effectuer des vérifications a posteriori " au
besoin par sondages ". Ainsi, pour la première
fois, est reconnue une obligation
de surveillance à lencontre du fournisseur daccès.
Section
II : Les responsabilités encourues
1
La mise en jeu de cette responsabilité
Les autoroutes de linformation nont
pas créé de "no mans
land normatif " : le droit français est
intégralement applicable aux situations nouvelles occasionnées
par lirruption dInternet.
En effet, le droit adapte les phénomènes nouveaux
à partir des analogies que présentent ces derniers
avec des situations déjà connues. Cest en substance
ce que réaffirme très clairement le rapport
du Conseil dEtat qui a été rendu public le 08 septembre
1998 par Renaud Denoix de Saint-Marc.
Or, les lois françaises encadrent déjà la diffusion
et les échanges dinformations ; il est dès lors possible
de transposer, par le biais dune interprétation analogique,
les régimes juridiques existants aux situations nouvelles.
La crainte des possibles risques que fait courir
Internet aux acteurs qui sengagent dans cette nouvelle
aventure de la communication les conduit, lorsque cela est possible,
à " truffer " les contrats quils établissent
dune multitude de clauses limitatives de responsabilité.
Les contrats proposés par les fournisseurs daccès aux
internautes en constituent une parfaite illustration. Or, ces
clauses ne sont opposables aux internautes que si la responsabilité
du fournisseur daccès est engagée sur le terrain contractuel.
Ainsi, lutilisateur pourra échapper à
lapplication des clauses de non-responsabilité lorsque
la faute du provider est de nature délictuelle.
De plus, concernant les informations disponibles
sur Internet, les tribunaux mettent désormais à la charge du
fournisseur daccès une obligation de
surveillance ; même si " léditeur
créateur de linformation mise en ligne est, en premier
chef, responsable de celle-ci ".
Les principales situations engendrant des dommages
et la responsabilité civile de ceux qui sont impliqués dans
un acte ou un fait ayant causé un préjudice à autrui sont :
les diffamations, les atteintes à la vie privée, les informations
erronées, la concurrence déloyale et la violation des droits
dauteur.
Cest dans le domaine de la propriété
littéraire et artistique que les
abus ont été les plus patents.
En effet, sous le fallacieux prétexte quInternet doit rester un espace
de liberté, nombreux sont ceux qui pensaient pouvoir détourner
la loi dans la plus parfaite impunité.
Or, larticle L. 335-2 du Code de la Propriété
Littéraire et Artistique est parfaitement clair : " Toute
édition décrit, de composition musicale, de dessin, de
peinture ou de toute autre production, imprimée ou gravée en
entier ou en partie au mépris des lois et règlements relatifs
à la propriété des auteurs est une contrefaçon ; et toute
contrefaçon est un délit ".
Il est admis que la mise en ligne dune
uvre protégée sur un serveur Web constitue un acte démission
vers un public potentiel caractérisant ainsi lacte de
contrefaçon.
Cette transposition du droit de la propriété
littéraire et artistique ne sest toutefois pas faite sans
difficulté et certaines affaires ont posé des questions de principe
aux juridictions saisies.
Tel fut le cas de lordonnance de référé
en date du 14 août 1996 par laquelle le TGI de Paris a jugé
que la mise à disposition sur un site Web duvres
de Michel Sardou et de Jacques Brel sans autorisation des titulaires
des droits dauteur constituait une reproduction et une
utilisation collective de ces uvres et tombait alors sous
le coup de linfraction pour contrefaçon.
Cest ce type de décision qui fait dire
au Conseil dEtat quInternet sest développé,
non pas contre le droit, mais " dans lindifférence
du droit ".
2
Lintervention de lassureur de responsabilité
Garantir les risques de mise en cause de la
responsabilité liée à lutilisation dInternet soulève
une série de problèmes à lassureur de responsabilité.
En effet, les polices proposées par les assureurs
de responsabilité sont, pour une bonne partie, inadaptées aux
besoins des nouveaux prestataires de services que sont notamment
les fournisseurs daccès.
Pour Bernard Foussat, lapproche technique
de cette responsabilité doit seffectuer en quatre étapes :
-lidentification des missions des prestataires ;
-lanalyse des " accidents ",
cest-à-dire des faits potentiellement générateurs de responsabilité
(fraude, interruption de disponibilité, divulgation, erreur
de programmation...) ;
-la quantification de chaque incident en terme
de fréquence et la " traque " du dommage sériel
éventuel ;
-lestimation des coûts qui permettra
de définir le besoin dassurance et lengagement par
année et/ou par sinistre de lassureur.
Toutefois, cette analyse est encore insuffisante
pour lassureur qui ne peut, à ce stade, pas encore proposer
un montant de prime à son client. En effet, au risque technique
sajoute le risque juridique, encore plus complexe à déterminer
eu égard à lévolution des mentalités
des victimes (consommateur professionnel ou particulier)
et aux tendances indemnisatrices des tribunaux.
Pour lassureur, le risque juridique nexiste
que tant quune règle juridique conduisant à lindemnisation
du tiers lésé trouve à sappliquer.
En réalité, on comprend la pusillanimité des
assureurs de responsabilité, car la difficulté dévaluation
des risques inhérents à la RC se cumule avec les obstacles propres
aux nouvelles technologies de linformation. La progressive
dépendance des entreprises et des consommateurs particuliers
à ces nouveaux modes de communication entraînera nécessairement
une inflation judiciaire difficilement maîtrisable par lassureur
qui devra, dès lors, afin dy obvier, calculer le montant
idoine du plafond de garantie et de la franchise. Lassureur
de responsabilité devra contrôler les clauses du contrat liant par exemple le fournisseur
daccès à linternaute, pour vérifier ce que lutilisateur
du réseau peut légitimement espérer, notamment en termes de
qualité.
Enfin, lassureur devra essayer dévaluer
le Sinistre Maximum Possible dans la couverture du fournisseur
daccès. Ce S.M.P. pourrait être, par exemple, la diffusion
dun virus exterminateur à des dizaines de milliers dinternautes
abonnés par le centre serveur du provider. Le préjudice serait
colossal, surtout si des entreprises de taille internationale
voyaient leur activité paralysée pendant plusieurs semaines.
Le GAN, avec sa police Cybergan, couvre ainsi
ce quil appelle " les risques informatiques
émergents " et notamment la responsabilité civile
des prestataires de services informatiques. Pour cela, le GAN concentre surtout ses efforts sur la
prévention : certification, délégation de pouvoirs, reporting,
audit juridique.
La rentabilité de ce type de produit reste
toutefois encore bien énigmatique pour lassureur RC, pour
qui lencadrement contractuel du risque de responsabilité
reste le seul rempart, face aux dérives prévisibles.
Pour linternaute personne physique, les
risques sont bien moindres ; la police RC classique quil
a pu souscrire par ailleurs semble pouvoir suffire dès lors
quInternet nest pas utilisé à des fins mercantiles
ou dans un dessein pénalement répréhensible.
Pour lentreprise qui utilise le réseau
mondial pour effectuer du commerce électronique, une adaptation
de son contrat simpose delle-même.
Linsécurité
du Réseau Internet
Avec Internet, les risques liés à la fraude
informatique sont démultipliés. Selon le C.L.U.S.I.F.,
en 1995, le coût des sinistres liés à la délinquance informatique
était estimé à un peu moins de sept milliards de francs.
Or, depuis, sest greffé le phénomène
Internet et son cortège inquiétant de nouvelles menaces. Selon
une étude du F.B.I., désormais
90 % des affaires de délinquance informatique concernerait Internet.
Les agissements criminels, facilités par le
réseau mondial, connaissent ainsi une ampleur inattendue, dont
on peut cependant essayer de faire face tant par lassurance
que par la sécurité informatique.
Section
I : Le Réseau, nouveau vecteur dinsécurité informatique
Sur Internet, la richesse est constituée par
linformation, or cet enjeu du XXIème siècle
est la source dun conflit que se livre une nouvelle espèce
de combattants : les " guerriers du Cyberspace ".
Pour Jean-Marc
Lamère, " il sera peut-être plus dangereux
de se promener dans un réseau, que dans Harlem le soir ".
Les risques créés par lutilisation dInternet sont
nombreux ; on peut citer les principaux : attaques
logiques, intrusions non autorisées, détournements dimage
1 Les attaques logiques
Une attaque logique se définit par une intrusion
non autorisée des ressources du système dinformation,
laquelle se traduit principalement par une perte dintégrité
ou de disponibilité de certaines informations et induisant la
plupart du temps un préjudice immatériel.
Ces formes de sabotage sont constituées essentiellement
des virus, bombes logiques, vers,
chevaux de Troie,
saucissons
De tous les dangers présents sur Internet,
les virus sont les plus médiatisés
et ceux dont les utilisateurs se prémunissent, ou tentent de
se prémunir, du mieux possible. Le virus est un programme
parasite introduit illicitement sur un réseau ou un système,
susceptible de se reproduire et de contenir un mécanisme de
bombe logique (destruction de données, blocage du système
).
Souvenons-nous de la publicité télévisée dIBM
en 1997 : " Cest pas limprimante
Cest
Henri. Il a collé un virus dInternet dans lordinateur
".
Etant sous-entendu quun virus contracté innocemment sur
le réseau mondial peut entraîner toute entreprise, nayant
pas opté pour la " solution Internet "
de Big Blue, à la faillite suite à sa paralysie.
Si ce type de publicité entretient effectivement
la paranoïa ambiante dun Internet " nid de
virus ", il nen demeure pas moins que le
risque est plus limité quil ny paraît. En effet,
contrairement à une rumeur, particulièrement bien ancrée dans
les esprits, un simple courrier électronique ( E-mail) ne peut
en aucun cas contenir un virus.
En revanche la contamination par Internet peut
seffectuer par le biais des documents joints, notamment,
et cest la nouveauté, par les documents de traitement
de texte, type Word. Le virus ne pourra cependant entrer en
action que si le fichier attaché en question est ouvert (double
clic). Il est donc vivement conseillé de ne jamais ouvrir un
document de provenance inconnue.
De façon identique, certains se sont amusés
à fabuler sur la possible contraction dun virus en surfant
sur le Web ; or cette contamination passive nest
pour linstant que pure spéculation.
Si les virus existent bel et bien sur Internet,
il nen demeure pas moins que certains dentre-eux
ne sont que de simples mythes.
Linfection virale hypothétique la plus
célèbre est sans doute " Good Times "
qui a semé la panique à partir de 1994 dans tout le cybermonde ;
la rumeur annonçant que ce virus effaçait non seulement le disque
dur mais détruisait aussi le microprocesseur de lordinateur
en lui faisant effectuer une " boucle binaire infinie "
(sic). Le plus diabolique est que les internautes les mieux
intentionnés propageaient la rumeur en réexpédiant par E-mail
le message de prévention bidon, entretenant ainsi la désinformation
générale et lhystérie collective ; sans doute pour
le plus grand bonheur de lauteur de ce canular.
Le mois de mai 1997 a vu la naissance dune
autre de ces rumeurs tout aussi tenace : lapparition
de " Penpal Greetings ", virus se
propageant également par courrier électronique et contenant
un " cheval de Troie " censé effacer toutes
les informations contenues dans le disque dur. La contagion
par ce " virus mental " a été, elle
aussi, très rapide et a atteint le monde entier en quelques
semaines.
Sociétés de sécurité informatique, fabricants
dantivirus, compagnies dassurances, magazines spécialisés
dramatisent
dailleurs volontiers la situation à leur seul profit.
Certains internautes restent ainsi persuadés de vivre dangereusement
en surfant sur le Web ou en réceptionnant un E-mail.
En outre, une
collusion entre un créateur de virus et un fabricant dantivirus
aurait été démontrée récemment. Ces liaisons dangereuses
entre les auteurs du mal et les inventeurs de lantidote
créent un climat particulièrement malsain et peu propice aux
relations de confiance.
Toutefois, le phénomène du virus nest
pas une simple vue de lesprit et il est certain quInternet
favorise la propagation du mal, en particulier pour les entreprises
qui ont besoin de transférer des fichiers. Cela est dautant
plus vrai que la plupart des créateurs de virus sont des " anarcho-libertaires "
fascinés par le pouvoir de nuisance et de destruction de
leur progéniture ; le réseau leur permet ainsi dassouvir
leur haine de la Société.
Désormais, les virus les plus sournois sont
destinés à voyager quasi-exclusivement par lInternet.
Le 02 novembre 1988, pour la première fois
de son histoire, le réseau mondial devait ainsi subir les conséquences
de linjection dun virus : en quelques jours
le réseau fut intégralement paralysé, la convalescence durant
plusieurs semaines. Coût total du sinistre : 15 millions
de US dollars.
On
estime quen 1998 près de 18.000 virus circulent sur le
réseau des réseaux ; il y en avait 1.000 fois moins 10
ans plus tôt !
Pour P. Lointier, Président de la commission
attaques logiques du CLUSIF et ingénieur sécurité chez Cigna
International, " grâce à Internet, les virus voyagent
désormais à la vitesse de la lumière. Tous les logiciels que
lon télécharge doivent être considérés comme suspects,
cest-à-dire potentiellement contaminés ".
En effet, par linterconnexion des réseaux,
le sinistre ne touche plus seulement des entités isolées mais
peut affecter des milliers, et peut-être bientôt, des millions
de sites.
2 Les
intrusions
Autrefois, pour pénétrer dans le réseau dune
entreprise ou dune administration, il fallait se connecter
à partir dun ordinateur interne. Désormais, avec Internet
un individu situé dans nimporte quel pays et doté dun
PC et dun modem peut se connecter, augmentant
ainsi de façon considérable les risques dintrusions non
autorisées.
En 1998, selon une étude de Netcost & Security,
50 % des entreprises de plus de 100 salariés raccordées à Internet
ont subi des attaques visant à sintroduire dans leur système.
Le risque est considérable pour les établissements
financiers, dont les fonds gérés peuvent être transférés dun
compte bancaire à lautre sur un simple ordre de virement.
Or, ce type de décision, bien quen principe très sécurisé,
peut être effectué par un individu mal intentionné qui aurait
réussi à déjouer la vigilance des mécanismes de protection en
sintroduisant frauduleusement dans le système informatique.
Une autre menace est celle constituée par le
vol des numéros de cartes bancaires et des codes confidentiels
qui circulent sur le réseau. En effet, au moyen de ces
informations, toute personne équipée dun terminal de paiement
peut débiter un compte.
De même, un
fraudeur peut intercepter un ordre de virement et détourner
cet ordre à sa faveur en maquillant le message. Le célèbre
hacker
Kevin Mitnick avait ainsi réussi à dérober sur le Net pas moins
de 17.000 numéros de carte de crédit !
Ce type de " Cyber
hold-up " , sans violence et à domicile, va
sans doute connaître un développement exponentiel. Si ces attaques
laissent des traces et sont donc détectables, il est souvent
trop tard et, le plus souvent, il
est impossible de remonter jusquà lauteur du délit.
Cependant, les banques ne sont pas les seules
visées ; les organisations gouvernementales sont aussi
dans la ligne de mire des génies informatiques de cette fin
de siècle.
Ce fut le cas en 1996, lorsque la plupart des
sites de la Défense Nationale américaine ont réussi à être pénétrés
par un ingénieux étudiant argentin de 21 ans qui a réussi à
voler des informations classées " Confidentiel
Défense " sur les recherches les plus avancées
dans le domaine spatial et nucléaire. Le 30 mars 1996, lintrus
a finalement été arrêté mais ces agissements ont poussé le ministre
de la justice des Etats-Unis à convoquer une réunion interministérielle
du G-8 au siège du FBI sur le thème de la " lutte
contre la criminalité transnationale organisée "
et contre la " cybercriminalité ".
Toutefois, les Européens, sils reconnaissent
la réalité du problème, en minimisent très justement limportance
et le caractère prioritaire quont pu lui accorder les
Américains.
En juin 1996, le sénateur Nunn avait même brandi
la menace dun " Pearl Harbor électronique "
par une attaque foudroyante lancée par un groupe terroriste
ou un pays hostile contre les réseaux de communication des USA
et qui paralyserait non seulement les communications, mais aussi
le système financier, les transports et la production délectricité.
Si les Européens essaient de dédramatiser le
débat, cest que ce type dattaque criminelle contre
un pays ou une entreprise reste encore marginale. Les hackers
sont encore pour la plupart des " indésirables
ludiques ", dont le simple fait de franchir des
obstacles réputés insurmontables provoque la satisfaction.
Ce côté inoffensif semble cependant en passe
dêtre remplacé par une délinquance
mieux organisée et aux objectifs souvent mafieux. En effet,
pour le Service dEnquête sur les Fraudes aux Technologies
de lInformation, émanation du Ministère de lIntérieur,
le détournement de fonds par le biais dInternet serait
150
fois plus lucratif quun vol à main armée et surtout beaucoup
moins risqué.
Selon les compagnies dassurances, ce type dattaque
rapporterait en moyenne 1,7 million de francs à leurs auteurs.
Dans cette guerre de linformation, les
retournements de veste ne sont pas rares et les " barbouzes "
vendent leurs compétences au plus offrant ou au plus oublieux.
Certains des meilleurs hackers se sont ainsi
mis au service dentreprises ou gouvernements
qui utilisent leurs connaissances à des fins despionnage
industriel, cest notamment le cas des Etats-Unis et
du Canada. Selon le CLUSIF, le coût de cet espionnage industriel
serait estimé à 1,1 milliard de francs.
Avec le développement considérable du réseau
des réseaux, ce chiffre est sans doute désormais largement dépassé.
Lintrusion peut également être utilisée
à des fins uniquement commerciales, comme ce fut le cas en 1993
pour la société British Airways.
Une action en justice pour concurrence déloyale
a été intentée par la compagnie aérienne Virgin Atlantic Airways
à la suite des révélations dun employé de la compagnie
nationale britannique, selon lequel son employeur se serait
frauduleusement introduit, via Internet, dans les ordinateurs
de réservation de Virgin, afin dobtenir la liste des passagers
ayant acheté des billets de première classe. Ceux-ci étaient
ensuite contactés par British Airways afin quils annulent
leurs réservations et voyagent sur ses propres lignes avec un
tarif à peine inférieur.
Mais le vol ou laltération volontaire
des données existant sur le réseau ne sont pas les seuls risques
auxquels sont confrontés les possesseurs de sites Web ;
en effet la mise hors service du serveur pendant une période
indéterminée, afin de vérifier le bon fonctionnement du système
suite à une attaque, peut avoir des conséquences financières
sérieuses, notamment si le service proposé est un service de
vente par Internet.
3
Les détournements dimage
La totalité des grandes entreprises et la plupart
des P.M.E. sont à présent dotées de leur propre site Internet
qui, même sil nest pas nécessairement destiné au
commerce électronique, propose une vitrine de leur produit et
de leur savoir-faire. Or, ces sociétés nignorent pas que
ce site Web peut être " piraté ",
provoquant en conséquence une altération inestimable de leur
image de marque auprès du public et de leur clientèle.
Ce fut le cas en novembre 1996, lorsquun
activiste anti-fourrure a attaqué le site des fourrures Kriegsmann,
en y insérant des propos violemment hostiles aux porteurs de
fourrures.
Les conséquences désastreuses de ce type de
publicité peuvent être limitées par une réaction très rapide
du propriétaire du site concerné.
Une autre affaire a également fait beaucoup
de bruit lorsquun hacker farceur a piraté le site du film
de Spielberg " The Lost World ",
la suite de " Jurrassic Park ", en
remplaçant laffreux tyranosaurus rex par un inoffensif
petit canard et en intitulant le site " The Duck World ".
Plus récemment, lors de la diffusion sur le
site du New York Times du rapport Starr relatant les
écarts de conduite du Président des Etats-Unis avec lune
de ses " collaboratrices ", le serveur
Internet du journal a été attaqué et a vu sa page daccueil
servir de support à des slogans injurieux et à des photos plus
que suggestives ; le tout ayant pour objectif principal
dobtenir la libération de Mitnick. Il faut ajouter, en
plus de la détérioration de limage de marque du N-Y Times
auprès de ses lecteurs, le coût de remise en état du site.
En loccurrence, si ce type de canular
ne prête pas à conséquence, il en est autrement lorsque les
informations contenues dans certains sites sensibles sont manipulées
et détournées de leur vocation première à des fins politiques.
Certes si le
détournement respectif, par chacun des deux camps, des sites
Web des deux candidats à la dernière présidentielle américaine
a fait sourire la communauté des internautes, en revanche le
piratage du serveur de lUS Justice Department qui, au
cours de lété 1996, fut recouvert de croix gammées et
de photographies dAdolf Hitler, a mis en avant linsuffisance
de la protection des sites du gouvernement américain face au
" parasitage ".
Plus inquiétante encore a été lattaque
surprise de lun des sites les mieux protégés dAmérique,
celui de la C.I.A. (Central Intelligence
Agency), devenue pour quelques heures la C.S.A. (Central
Stupidity Agency) ; agence qui ne se contentait pas
seulement dinformer les visiteurs sur lintérêt du
piratage mais qui aiguillait également les internautes vers
des sites réputés " plus intéressants "
tel celui du magazine Playboy.
Les entreprises doivent désormais surveiller
lintégrité des informations contenues sur leur site Web,
vitrine de lentreprise offerte au monde, afin de se prémunir
des éventuelles manipulations provoquées par la jalousie dun
concurrent dans le but de ridiculiser une marque (par
exemple : changement de logo, présentation de tarifs exorbitants
),
de dénigrer un client ...
Section
II : Les solutions assurantielles
Contre le drapeau noir de la piraterie informatique
et à la psychose des dangers réels ou supposés du réseau, se
sont dressés les étendards de chevaliers blancs dont lobjectif
principal est le maintien de lintégrité des systèmes dinformations :
les assureurs.
Les
compagnies dassurances et les courtiers les plus novateurs
se sont dores et déjà installés sur le segment, daccès
difficile par sa complexité, et encore peu convoité des risques
liés à linsécurité du réseau Internet. La tache était
dautant plus malaisée quil nexistait aucune
statistique sinistre probante sur la question.
Ces polices davant-garde ont été créées
par des sociétés dont les réputations de précurseurs ne sont
plus à faire ; à savoir : AXA Global Risks, avec Dat@net.2001,
et Cigna International, avec Dataguard.
Ces
polices dassurances, si elles complètent les produits
classiques distribués par ces deux compagnies, comme les " tous
risques informatiques ", nen sont pas moins
des contrats à part entière et pas de simples adaptations.
1 Dataguard
Lancée en 1998 par Cigna, la police Dataguard vise prioritairement
à couvrir lentreprise assurée contre les actes de malveillance,
les pertes accidentelles dinformations et les dommages
matériels.
En effet, pour Cigna, si linterconnection
des réseaux dinformations contribue à améliorer la satisfaction
de la clientèle, " ces facilités permettent aussi
à des employés mal intentionnés ou à des cyber-criminels de
déstabiliser [ une ] entreprise en quelques heures et
ce depuis nimporte quel coin du globe ".
Les cas dactes de malveillance garantis
sont :
- le sabotage
et vandalisme des systèmes;
- la fraude commise avec laide des systèmes dinformation ;
- les frais de reconstitution des informations ;
- les frais supplémentaires dexploitation ;
- les pertes dexploitation consécutives ;
- lextorsion de fonds par chantage sur les systèmes
dinformation ;
- les dépenses engagées pour rétablir limage de lentreprise.
Auparavant, les polices existantes ne couvraient
que très imparfaitement voire absolument pas ce type de dommages
immatériels.
Cigna couvre également les risques spécifiques
liés au commerce électronique et aux éventuelles pertes financières
pour lentreprise concernée par :
- le piratage des cartes bancaires suite à lutilisation
du site ;
- laltération malveillante des pages Web ;
- le déni de services.
Toutefois, lentreprise qui souhaite assurer
ce nouveau type de risque devra auparavant répondre à un questionnaire
détaillé sur lensemble de son système informatique et
recevra la visite dun ingénieur sécurité des systèmes
dinformation.
2
Dat@net.2001
Ce nouveau contrat dAXA Global Risks
couvre les risques immatériels informatiques, cest-à-dire
" les risques pouvant atteindre linformation,
les données et les programmes, ainsi que les conséquences financières
de la poursuite de lactivité en période de crise ".
La garantie de base de cette police a pour
objet laltération ou la destruction, quelle quen
soit la cause, des programmes et données informatiques de lassuré
par :
- actes de malveillance (virus, sabotage informatique,
intrusion illicite des systèmes
) ;
- incendie, dégât des eaux ;
- le vol de linformation par soustraction frauduleuse
de son support ;
- un incident dorigine électrique ou électro-magnétique ;
- tous autres événements dès lors quils surviennent
de manière imprévisible et irrésistible.
Après survenance du sinistre couvert, le contrat dat@net.2001 va garantir le
remboursement à lassuré des frais engagés pour :
la reconstitution de linformation
qui a subi un dommage immatériel informatique garanti.
Ces frais sont destinés à reconstituer dans
létat antérieur au sinistre linformation altérée,
détruite ou volée.
Ils consistent en :
- frais de décontamination, de nettoyage et restauration des
supports ;
- frais de recherche et de collecte de documentation ou déléments
dinformation disponibles à partir de supports informatiques
ou non ;
- frais de saisie de linformation ainsi reconstituée
sur un support de nature identique ou équivalente à celui
sur lequel linformation était stockée avant sinistre.
les frais supplémentaires dexploitation
informatique.
Ce sont les frais exposés par lassuré,
dun commun accord avec lassureur, pendant la période
dindemnisation fixée et lui permettant de retrouver un
niveau dexploitation informatique aussi proche que possible
de celui qui était le sien avant le sinistre.
les pertes dexploitation (garantie
étudiée au cas par cas).
Ce
type de police vise exclusivement les grandes entreprises de
plus de 1.000 personnes avec des conditions daccès
au produit draconniennes.
Pour Philippe Jouvelot, responsable du Département
Vol Incendie Fraude chez AXA Global Risks, la police Dat@net.2001
doit couvrir " ce qui reste, quand tout ce quil
était possible de faire a été fait ".
Selon lui ce type de couverture devient essentiel
si lon ne veut pas laisser inassurés des " postes
hors bilan " aujourdhui fondamentaux comme
linformation détenue par lentreprise.
3 La
sécurité, préalable indispensable à lassurance
Lassurance nest rien où la sécurité
nest pas.
Sur Internet, comme ailleurs, lassurance
na pas vocation à se substituer à linconscience
des entreprises. Or, Firewall et cryptologie
offrent déjà à lentreprise une garantie de sécurité,
certes minimum mais néanmoins non négligeable.
- Le firewall,
ou mur coupe-feu, analyse les données entrantes, en vérifie
lauthenticité et détermine si ces données sont acceptables
ou non.
Selon lun des hackers français les plus
célèbres, les systèmes
de sécurité qui devraient être les mieux sécurisés sont les
plus faciles à forcer. Pour cet ex-pirate du Net, le problème
vient du fait que la plupart des personnes ne savent pas utiliser
les firewalls ou ne respectent tout simplement pas les règles
de sécurité les plus élémentaires. En effet, une partie du réseau
de lentreprise réputée bien protégée, pourra être infiltrée
par le biais dun client ou dun fournisseur (maillon
faible du système ou " faille ").
- La multiplication des échanges de courrier
et des données informatiques à caractère confidentiel ou financier
par Internet impose de recourir à des méthodes de brouillage
et de codage des informations.
La cryptologie, dans les limites
permises par la loi, permet de sécuriser la transmission
de ces informations confidentielles, son rôle est en effet de
transformer une information compréhensible par lhomme,
en une information totalement illisible ou inexploitable sans
le concours de protocoles mathématiques secrets, préalablement
établis.
Lentreprise devra également procéder
à un audit des risques informatiques auxquels celle-ci est potentiellement
exposée afin de définir les actions à mettre en uvre pour,
non pas supprimer le risque, mais den réduire le niveau,
tant en intensité quen fréquence.
Plusieurs
méthodes peuvent être utilisées : MARION,
AROME, MEHARI 96, MELISA
V3, DIRISIE, MAIRIE
Toutefois, pour J.M. Lamère, de lA.P.S.A.D.,
Internet ne sera jamais
sécurisé à 100 % ; dès lors les entreprises qui saventureraient
sur le réseau devront intégrer dans leurs coûts des pertes liées
à la fraude, notamment pour celles qui souhaiteraient pratiquer
du commerce électronique.
Une des émanations de la International Computer
Security Association (I.C.S.A.), la
Société True Secure, entreprise américaine de sécurité informatique,
a annoncé en juin 1998 quelle verserait immédiatement
20.000 US Dollars par incident à son client, dont le système
a été sécurisé par ses soins, et qui subirait cependant une
attaque informatique. True Secure a même prévu un plafond annuel
de 250.000 US Dollars.
Il est remarquable de constater quune
société de sécurité informatique se substitue ainsi au rôle
traditionnel de lassureur et indemnise sa clientèle en
fonction de la réalisation du sinistre et non de son montant.
En 1994, Bill Gates, Président de Microsoft,
proclamait quInternet navait aucun avenir et lui
prédisait un échec rapide. On sait aujourdhui quil
sest trompé.
Si, sur le plan juridique, le droit commence
enfin à trouver ses marques sur le réseau, les facteurs dinsécurité,
bien que souvent exagérés, continuent à pulluler. Toutefois,
comme toute médaille possède également son revers, on peut facilement
pardonner à Internet ces quelques petits désagréments, qui doivent
être considérés plus comme des erreurs de jeunesse, facilement
réparables, que comme les conséquences dune tare originelle
incurable.
Il faut en effet convenir quInternet nest pas
intrinsèquement mauvais, mais que cest la Société qui
la corrompu ; le réseau ne sera en effet
jamais que le reflet des habitudes humaines avec son lot inévitable
de turpitudes et de bienfaits.
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